La prophétie des grenouilles


Film d'animation de Jacques-Rémy Girerd / 90' / France / 2003 / Folimages

Projection le jeudi 27 août à 17h30 en présence du réalisateur

Au bout du monde, loin de tout, une famille paisible est installée dans une ferme coquette perchée en haut d’une colline.
Mais au pied de cette colline, le monde des grenouilles est en émoi : il n’y a plus de doute, toutes les prévisions coïncident, un nouveau déluge s’annonce.

Face à l’événement, les grenouilles conviennent, à titre exceptionnel, de communiquer avec les humains.
C’est alors le début d’une grande aventure où animaux et humains vont devoir apprendre à vivre ensemble.

Ce qui n’est pas toujours facile....

Entretien avec Jacques-Rémy Girerd

Sur quelle prophétie avez-vous basé votre histoire ?

Une prophétie imaginaire, inspirée évidemment par l’histoire de l’Arche de Noé dont je n’ai retenu que l’image poétique et universelle : l’annonce d’un nouveau déluge, quarante jours et quarante nuits de pluie incessante. A cela s’ajoute une histoire, ou plutôt des histoires d’animaux extraordinaires et d’humains ordinaires. Le thème central est celui du mythe fondateur, il s’appuie sur les grandes frayeurs ancestrales. Cela dit, La prophétie des grenouilles est une fable sociale tragi-comique qui pose des questions sur la tolérance, l’écologie, la difficulté de vivre ensemble, les affres de la dictature... C’est aussi une belle histoire d’amour entre deux enfants.

Comment s’est déroulée l’écriture du scénario ?

En premier lieu j’ai écrit une histoire purement littéraire. Puis, avec Iouri Tcherenkov (également responsable de la création graphique) et Antoine Lanciaux, qui a déjà collaboré en tant qu’animateur à de nombreux films de Folimage, ensemble, nous avons développé le scénario. Ce travail a duré presque deux ans. J’aime ainsi travailler à plusieurs. Partager l’acte de création ne m’enlève rien. Au contraire cela pousse à se dépasser, à régulièrement remiser son ego au placard. Au final, le résultat est meilleur. C’est le fruit de trois imaginaires, tout en diminuant les risques de confusion.

 

Comment créé-t-on des personnages de dessin animé ?

En allant fouiller dans ses souvenirs et notamment ceux de son enfance. Ainsi le personnage central de Ferdinand, ce vieux marin bourru, ventru, barbu et tendre, c’est un peu mon premier instituteur : Pépé Germain. Comme lui, Ferdinand a le verbe haut, la trogne paysagère, la chicotte facile. Une erreur en récitant la table de 8 et c’était parti pour des salves de jurons phénoménaux qui traversaient de part en part le bâtiment de mon école primaire jusqu’aux bancs des grands de septième. Mais Ferdinand est aussi le fruit de mon imagination d’enfant peuplée d’aventuriers, de flibustiers et de pirates. Des personnages exubérants, colorés, agrippés aux cordages de quelque galion dont le capitaine Haddock est un des merveilleux exemples. Aujourd’hui encore il m’arrive de relire avec autant de plaisir ses démêlés avec une bande de perroquets dans Le Trésor de Rackam le Rouge. Je pourrais aussi vous parler de mon oncle Claudien, paysan de Saône-et-Loire, perché sur son tracteur, casquette relevée, donnant l’impression que le monde lui appartenait... Ferdinand m’a donc permis de reconjuguer au présent ces souvenirs et ces émotions enfantines, de bâtir petit à petit, dialogue après dialogue, le personnage du vieux bonhomme qui hantait mes rêves.

 

Comment définiriez-vous le graphisme du film ?

Iouri Therenkov a créé à ma demande l’univers graphique du film. Iouri est un immense artiste qui a également touché à la réalisation (La grande migration) ce qui facilite beaucoup les choses. Cela fait une dizaine d’années que cet Ukrainien vit en France depuis qu’il a croisé le chemin de Folimage. Son œuvre est joyeusement mélancolique, elle est à l’image de son auteur. Ses personnages, qu’il a peaufiné avec sa compagne Zoïa Trophimova, possèdent une humanité bouleversante. Iouri sait s’éloigner du réalisme juste ce qu’il faut pour attraper la poésie au vol. Jean-Loup Félicioli, le chef décorateur, également réalisateur, a apporté au graphisme de Iouri encore un supplément d’âme, aux frontières de la déstructuration. La couleur va de Vlamink à Monnet, elle exprime des sentiments forts et beaucoup de tendresse , elle n’a jamais peur de s’afficher. Une fois encore, les sensibilités se sont conjuguées harmonieusement pour démultiplier la force de l’image et pour servir le texte. Les univers de Jean-Loup et Iouri, a priori si éloignés l’un de l’autre ont trouvé avec La prophétie des grenouilles un terrain de sublimation.