C'est dimanche


Un film de Samir Guesmi - 2008 / 30' - Kaleo Films

Projection le dimanche 7 juillet 2019 à 16h00 en présence du réalisateur

En cherchant les coordonnées de Samir Guesmi pour qu'il viennent nous présenter « Andalucia » d'Alain Gomis dans lequel il tient le rôle principal, nous sommes « tombés » sur ce court-métrage qu'il a réalisé il y a quelques années. Un très beau film sur l'enfance en écho à l' »Argent de Poche ». L'histoire d'un fils unique qui vit avec son père et qui vient de se faire renvoyer de l'école. Le père reçoit le compte rendu du proviseur à signer mais il ne sait pas lire le français... 

 

A travers cette histoire, il sera question d'amour. D'amour d'un père pour son fils mais aussi d'un fils pour la petite voisine... Et ces deux amours-là vont être mis à l'épreuve avec une grande pudeur qui fait plaisir à voir. On découvre ce film en repensant au moment où l'on a découvert la vie.

Ibrahim, treize ans, est renvoyé du collège et laisse croire à son père qu’il a décroché un diplôme.

Dimanche sera jour de fête ...


Prix du public, festival de Clermont-Ferrand - Grand prix, festival de Grenoble - Prix Révélation, festival de Brest- Prix du Jeune public, Cinemed Montpellier - Prix d’interprétation, festival de Vendôme - Lutin du public, lutins du court-métrage - Prix Betv, festival de Bruxelles - Prix du jury, festival de Namur - Prix du jury œcuménique, festival de Kiev - Poulain d’argent, Fespaco - Prix de la communication interculturelle, festival de Montréal - Prix du court-métrage européen, festival de Louvain.

Pourquoi avez-vous eu envie de raconter cette histoire ?

L'histoire de C'est Dimanche ! est de ces histoires qu'on trimballe comme un caillou dans une chaussure. C'est une variation sur les rapports Père/Fils inspirée de petits moments de ma propre enfance, d'instants que j'ai romancé. J'avais des comptes à régler avec l'Education Nationale. Cette école qui doit t'inculquer un savoir et une façon d'être ensemble, exclue en réalité les plus fragiles et les dirige vers des filières techniques qui sont loin des besoins réels. Il y a un fossé immense qui existe entre le quotidien de cette éducation et nos vies, ce que c'est que d'être français avec des parents analphabètes. Or il y a près de 3 millions de personnes qui souffrent d'illettrisme en France, c'est un tabou que ne traite pas l'Education Nationale. Dans cette histoire, ce gamin est viré, c'est comme si la République excluait ses propres enfants. Après cette exclusion, on en garde des marques à jamais. Or, comment il vit avec ça ? Et le père ? Lui dire cette exclusion ou lui cacher ? En 24 heures, ce gamin va vivre cette mise à l'écart, l'affranchissement avec son père et un amour fou. D'une situation d'échec, il va construire autre chose. Pour l'histoire d'amour, j'en avais l'intuition, une histoire d'amour entre des Français de cette couleur-là.

 

Comment s’est passé la phase d’écriture du scénario ?

Entre deux rôles (on a parfois du temps entre deux contrats), je me racontais l'histoire en jouant tous les rôles. Je savais quoi dire à chaque acteur - j'aime bien parler avec les acteurs, les regarder, les diriger. J'ai pris un pied d'écriture en me mettant à leur place, je décollais avec mon stylo. C'est une échappatoire concrète, un oubli du réel. Je ne pouvais donc confier le scénario à personne d'autre. J'ai seulement eu des échanges avec le producteur (Olivier Charvet - Kaléo Films) notamment concernant la fin du film dont je n'étais pas satisfait. Progressivement, je voyais des mouvements de caméra et le film s'est construit.

 

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

Je n'avais pas envie d'un casting trop long, j'avais envie de proposer les rôles à certains comédiens, de les choisir assez simplement. J'avais déjà vu Djemel Barek (le père) dans plusieurs films et j'aimais sa présence. C'est lui qui m'a emmené à Versailles voir les enfants avec qui il travaille. J'y ai rencontré Illiès Boukouirenej'ai tout de suite aimé sa timidité, son introversion, son côté « pieds en dedans » mais avec une envie folle de s'exprimer, de surmonter sa timidité. J'avais très envie de filmer cette pudeur, ce malaise. Pour Elise Oppong, c'était son premier casting, immédiatement j'ai apprécié son côté frontal, elle m'a regardé dans les yeux, avec de l'aplomb, comment dire... il faudrait trouver le mot positif de l'insolence... un humour, une noblesse, une façon de ne pas avoir froid aux yeux. C'était le personnage.

 

Il s’agit de votre première réalisation, comment avez-vous vécu ce nouveau rôle ?

Le réalisateur, c'est le seul qui n'ai pas de métier, de spécialité. Le chef opérateur, l'ingénieur du son, le machiniste, ils ont tous des outils, le réalisateur n'a rien de tout cela, il dirige, il communique avec des spécialistes, il impulse une énergie, il doit trouver les mots, inventer un lexique commun. Au fur et à mesure du tournage, je me suis aguerri. Pauline, la monteuse, a remarqué en dérushant que j'étais de plus en plus à l'aise dans la mise en scène. Ce qui est complexe, c'est vraiment de trouver un langage commun et de mettre au point une façon de travailler en équipe qui te corresponde et qui corresponde à l'énergie de ton film. Ne pas se fondre automatiquement dans l'organisation « attendue » du cinéma mais inventer sa propre organisation. Chaque métier du cinéma a ses pratiques, sa façon de faire, c'est difficile de suggérer une autre manière de faire plus en accord avec ton film. Par exemple, je ne voulais pas qu'on hurle « silence » sur le plateau, je voulais qu'on fasse plutôt des « claps de fin » pour ne pas trop perturber les jeunes acteurs, filmer des répétitions, ne pas trop « sacraliser » la prise, filmer des actions, suivre les comédiens plutôt que perdre trop de temps dans des raccords de lumière qui font perdre de l'énergie au jeu. C'est compliqué de tordre le cou à une façon établie de faire du cinéma. Faire un film, c'est gérer, s'accommoder d'une équipe. Tu deviens, que tu le veuilles ou non, le liant de l'équipe. Quand tu es acteur, tu es dans une sorte de bulle, quand tu es réalisateur tu es capitaine de vaisseau. La question est d'apprendre à imposer tes choix sans devenir un tyran.