Ne me libérez pas, je m'en charge


Fabienne Godet - France – 2009 – 104’ - Projection vendredi 6 juillet à 22h00

A 19 ans, Michel Vaujour se fait arrêter pour vol de voiture et conduite sans permis. Il est condamné à trente mois de prison. Quand il est enfin libéré, sous le coup d'une interdiction de séjour dans son département, il ne peut pas rentrer chez lui. Quelques mois plus tard, il se fait de nouveau prendre au volant d'une voiture, toujours sans permis. Il est renvoyé en prison mais il n'a pas l'intention d'y rester. Il enchaîne les évasions qui lui vaudront sa réputation. Il parvient même à quitter un tribunal grâce à un pistolet en savon...


« En ex-psychologue, Fabienne Godet écoute, cherche à retracer le parcours intérieur de l'homme. Comment rester libre et digne quand on passe sa vie en cage ? En gros plan, Vaujour raconte : le mitard, les matons, la solitude, le déni d'humanité, le risque de la folie. Son histoire débute banalement : un « fils de rien » que des rapines mènent en prison. La violence du monde carcéral fait le reste : à l'ombre, le caïd du dimanche devient un gangster. Entre son présent un peu triste et son passé extraor­dinaire — des complices amoureuses, un ex-codétenu devenu frère d'armes —, le contraste est aussi poignant qu'édifiant. Espiègle et mélancolique, intelligent et retors, Vaujour effrite sa propre « légende », écornant la mythologie du milieu et de ses pseudo-codes d'honneur. Ce faisant, il dissipe le trouble instillé par le regard d'une réalisatrice visiblement tombée sous le charme. »

Telerama - Mathilde Blottière


Braqueur récidiviste, Michel Vaujour a passé vingt-sept ans en prison dont dix-sept à l'isolement. Il s'est fait la belle à cinq reprises, la légende ayant retenu son évasion de la Santé en 1986, par hélicoptère, avec l'aide de sa compagne Nadine. Quatre mois plus tard, il est repris lors d'un braquage qui dégénère en fusillade, au cours de laquelle il prend une balle dans la tête. Hémiplégique, il se rééduque seul et bénéficie, en 2003, d'une modification de la loi sur les conditions d'obtention d'une libération conditionnelle. Il se voit accorder une remise de peine de seize ans.

 

Le film que lui consacre Fabienne Godet prend le contre-pied de ce que cette fiche biographique, quasi policière, pourrait laisser attendre. Il tourne le dos aux options romanesques ou journalistiques, ne retrace ni sa trajectoire sociale ni son combat judiciaire, nous épargne le style télé-réalité qui recréerait le désarroi d'un homme enfermé dans un cube de béton.

 

Godet avait à sa disposition les ingrédients nécessaires au portrait d'un Pied Nickelé des temps modernes, roi de la cavale. Un dur, une histoire d'amitié fraternelle avec un compagnon de cellule, des femmes fidèles, des histoires d'amour (après Nadine, c'est Jamila qui tente de le faire évader et passe sept ans en prison), des ruses rocambolesques (le détenu prélève l'empreinte d'une clé dans la croûte d'un Babybel, se fabrique un revolver avec du savon et un coupe-ongles).

Elle a choisi son atout principal : Michel Vaujour, l'homme. Ne me libérez pas, je m'en charge est un portrait intime, braqué sur un visage, à l'écoute d'une parole, complice d'un ascétisme, d'une philosophie. C'est le récit d'un homme qui verbalise sa métamorphose. Le face-à-face d'un éternel évadé avec ce qu'il croyait être sa réconciliation avec lui-même. Vaujour a compris que sa prison était existentielle, que sa révolte l'avait enfermé, qu'il lui aurait fallu trouver d'autres façons de se libérer des valeurs de son milieu. Il était son propre geôlier.

 

Vaujour raconte comment il a puisé des forces en lui, comment il a perdu " la capacité de la joie", comment il provoquait des situations limites parce que la seule chose qui le faisait vibrer, "c'était la mort", comment il s'est réinventé "par le voyage intérieur". Il parle de "la beauté de ce qui nous est offert". Des yeux bleus, une émotion qui affleure, une puissance spirituelle qui impressionne l'écran.

              Le Monde – Jean-Luc Douin